Les dimanches, il vient observer ses ex-coéquipiers ou adversaires, sur le terrain, et faire quelques blagues sur la touche. Il aurait bien aimé jouer, si son genou droit ne continuait pas de lui poser des problèmes. 25 ans après avoir arrêté sa carrière sur un deuxième titre de champion du Bénin et une blessure au genou, l'ex-ailier des Forces armées a bien voulu prendre avec nous la machine à remonter le temps...
Réalisé par Aubay-Rolland ZOHOUN
Mon premier match officiel en 1969 : Etoile-Fad 0-0
Ce jour-là, l'Etoile alignait sa grande équipe avec Germain Kpokpo Ola dans les buts, Dipépé, Coffi Firmin et consorts. Pour ce premier match, je n'avais pas tellement le trac. Dès les premières minutes, ma rapidité d'exécution a amené mes adversaires à se focaliser sur moi. Ceci m'a aidé à prendre conscience de mes qualités et à travailler par la suite.
Première équipe dahoméenne en coupe des champions 1970
Avec notre génération (Ahogni Augustin, Samé Etienne, Bonon Roger, Saïdi Roufaï, Hunkantin Antonin ...), l'équipe des forces armées a pris une autre dimension. La preuve en est que nous avons été sacrés champions du Dahomey pour la saison 1969-1970. Nous avons ainsi été le premier club dahoméen à disputer la coupe d'Afrique des clubs champions. Au premier tour, nous avons affronté le Stationery Stores du Nigeria. Au match aller à Lagos, nous avions perdu 1-2. A la manche retour, nous avons cru pouvoir renverser la vapeur. Mais nous avons été dominés 2-3. Le bon souvenir que je garde de cette aventure, c'est que j'ai été appelé chez les Ecureuils après ce premier match.
½ finale coupe du Dahomey 1973/
Etoile-Fad 3-3 à Porto-Novo : l'arbitre, un militaire, nous refuse un but !
«Le Colonel Richard Rodriguez avait mobilisé une bonne partie de l'armée, notamment les camps de Ouidah et de Cotonou. L'Etoile était au complet, sauf que Luc Assogba était dans les buts, au lieu de Germain Kpokpo Ola. En première mi-temps, Georges Govou et Alphonse Hondjo avaient inscrit 2 buts. Au retour de la pause, l'Etoile inscrivit un 3e but par Coffi Firmin après seulement cinq minutes de jeu. Nous commencions à nous poser des questions, car on risquait un arrêt de rigueur si la partie se soldait par une telle défaite. Je me rapprochai alors de Adam pour discuter brièvement de la solution. Il fallait réagir. Quelques minutes après, nous avons eu un corner. Je l'ai tiré, Adam a marqué de la tête. 1-3. Plus tard, Adam m'a décalé sur le flanc gauche. J'ai placé une belle frappe qui est allée au fond. 2-3. Vincent Seydagoni, un de nos doyens a ensuite égalisé. 3-3. Ce qui m'a le plus frustré dans la suite de la partie, c'est qu'un but nous a été refusé par l'arbitre de la partie, qui était l'adjudant-chef Charles Dogo. Quand je me suis rapproché de lui, il a menacé de me punir. Comme c'était un supérieur, je me suis calmé.
Il fallait donc rejouer le match la semaine suivante. Là, nous avons perdu 0-1, sur un but marqué par Hondjo.»
1er août 1971 / Finale de la coupe de l'Indépendance : Alliance-Fad 2-1
«Le match s'est tenu au stade René Pleven, sous le coup de sifflet de Pognon, le président Hubert Maga était présent. Je disputais ma première finale de coupe. Adam Souleymane avait ouvert la marque pour nous, sur une belle frappe qui trompa Ana Charles. Mais à la reprise, l'Alliance égalisa. Ensuite, Akuètè Adjavon a donné l'avantage à l'Alliance sur une frappe puissante qui a déchiré les filets !»
Souvenir d'Ecureuil
«Mon premier match était face au Nigeria, ici à Cotonou. Nous avions fait 1-1. Georges Govou avait inscrit notre but, après un débordement sur le flanc droit.
Après ce match, nous avons disputé le tournoi de la zone 3. J'ai évolué à Niamey lors de la première mi-temps du match face au Niger que nous avons perdu 0-2. Au Burkina, nous avions perdu 0-1. Pour ce match, j'ai évolué en 2e mi-temps.»
Dahomey-Ghana 0-5 ; 1-5
«Le match qui m'a le plus marqué, c'est celui que nous avons disputé ici, dans le cadre des éliminatoires de la Can 1972 face au Ghana. Nous avions perdu 0-5 à Cotonou. A Accra, lors de la manche retour, nous avions perdu 1-5. C'était le jour du décès du joueur togolais Edmond Agbéti Kaolo.»
Une blessure au genou perturbait ma carrière
«Le 04 décembre 1979 au cours d'un championnat corporatif, un ami m'a foutu un coup dans le genou droit. C'est Marouf Adéchokan, que je ne cesserai jamais de remercier, qui m'a ramené un produit de la Côte d'Ivoire. J'avais alors un dossier d'évacuation sanitaire qui s'était perdu dans le circuit administratif. Ensuite, j'ai acheté d'autres produits pour poursuivre le traitement. Valère Chidikofan m'a alors incité à revenir à la compétition lors de la saison 1980-1981. Je disputais une mi-temps par match. Lors de la dernière journée du championnat à Natitingou, j'ai marqué le but de la victoire 3-2 face aux Lions. C'était mon dernier match. Les forces armées ont été sacrées championnes. Ce qui leur a permis de disputer la coupe d'Afrique des champions en 1982.»
Coup de gueule
«... ce qui se fait n'est pas un championnat»
«J'ai préféré prendre du recul et me consacrer à mes études, en 1981, car j'ai constaté que quand on s'occupe trop du football, on n'avance pas. Je suis par exemple le seul à devenir officier dans ma promotion. Je ne m'en vante pas, mais j'ai vite compris qu'il faut concilier études et football. J'ai même cessé d'aller au stade depuis près de 12 ans. Maintenant, il faut dire qu'il y a eu un certain travail qui s'est fait. Mais ce n'est pas encore cela, car dans nos clubs, nous ne travaillons pas bien. Dans notre temps, nous avions une salle de musculation au camp, on s'entraînait matin et soir. Nous avions une bonne condition physique, ce qui amenait même la sélection nationale à venir s'entraîner avec nous. Mais aujourd'hui, ce n'est plus le cas.
Pour en venir au championnat, il faut dire que ce qui se fait n'est pas un championnat. J'ai mon cousin Gazaliou (Ndlr : Rafiou Gazaliou, responsable à l'organisation de la fédération) qui a évolué au sein des Cheminots. Lui-même sait ce que c'est qu'un championnat. Il faut revenir à la formule linéaire. Il le faut. On dit souvent chez nous : Un chef, une mission, des moyens. Lorsque vous vous êtes fixé un objectif, il faut vous donner les moyens pour atteindre cet objectif final.
Sur le plan de l'organisation, il faut comprendre que le football ne se commence pas à 17 ou 20 ans. Il faut reprendre avec un championnat scolaire. Ce n'est pas une honte de tricher ce qui se passe dans les autres pays. Au niveau du sport, on ne triche pas, on ne triche pas avec l'âge. Dans notre temps, on faisait le test de cooper. En fonction de l'âge, on attend de vous une certaine performance. Mais ce n'est plus le cas maintenant. Je n'ai rien contre personne, mais si le Bénin gagne, c'est pour nous tous.»
Encadré
Fiche profil
Nom : Mamadou
Prénom : Sikirou
Né le : 1950
A : Porto-Novo
Profession : Capitaine des forces armées à la retraite
Carrière
Poste : Ailier polyvalent (droit et gauche)
Clubs successifs
1966 : Pharma Sport (D2)
1967 : John Holt (D2)
1968 : Forces armées dahoméennes (comme civil)
1969 (engagé dans l'armée)-1981
Sélections
Première sélection : Mai-juin 1970
Dernière sélection : 1974
Palmarès
Deux fois champions du Bénin (1970 et 1981)
Vainqueur de la coupe de la Municipalité 1972 : Fad-Negres sports 1-0
Vainqueur de la coupe de la Jeunesse 1973 Fad-Alliance 1-0. Nous avions remporté cette rencontre par 1 but à 0 grâce à un penalty inscrit par Samé Etienne.

